Chemins de tables : entre bistronomie et street food façon Ottolenghi

Ou comment avoir l’impression que Yotam s’est installé à deux rues de son bureau.

Mon moi intérieur devient paniquée quand la personne avec qui je discute emploie soudainement les mots « j’ai un-e ami-e qui (…) tu devrais essayer« . Si vous avez vu le dessin animé « Vice-versa », vous avez une petite idée de ce qui se passe dans ma tête à ce moment là. Ou Ally McBeal. Elle était aussi assez farfelue de ce côté là.

Bref, il y a soit une petite figurine qui se met à courir dans tous les sens en mode « y’a l’feu, y’a l’feu vite vite, couuuuuuuuurs » soit elle cherche par tous les moyens à se rendre invisible soit elle se met à pleurer des torrents et des torrents de larmes, sachant pertinemment ce qui l’attend : une situation inextricable.
Pourquoi ? Parce que je n’aime pas blesser les gens et souvent, l’objectivité de mon interlocuteur-rice est quelque peu biaisée par le poids de l’amitié. Et puis, il y a ces restos considérés comme the place to be que je trouve dégueulasses (désolée, ils ne valent pas mieux), surfaits voire des impostures. Mais vu leur nombre d’abonnés et la quantité d’articles dithyrambiques sur les réseaux sociaux voire chez certains influenceurs, il faut croire que ces restos ne sont pas si mauvais. Tout est question de goût.

La première fois où j’ai entendu parler de Chemins de tables, c’était par ma copine Alizée. « Ah, tiens, je voulais te demander si tu connaissais Chemins de tables ? Non ? Il faudra que tu ailles les voir, ils sont géniaux, ce sont des copains. » Figurine en mode issue de secours. Et pleurs. J’adore Alizée. Mais je ne mens jamais dans mes articles.
J’ai donc décidé de creuser le sujet incognito (téméraire, la fille…), me disant que je pourrais arguer de la distance par la suite. Ou d’un nouveau confinement. Ou peut-être d’un surmenage. Ou…
Peine perdue, Chemins de tables est lové 16 rue Jean Burguet, dans le quartier de mon bureau.
Finalement, j’ai fini par tester.

Histoire de placer la difficulté à son paroxysme, ce jour-là, j’ai commandé du paleron. Oui, parfois je fais ma mauvaise tête. Mais je considère qu’un chef qui étend ma zone de confort est un-e bon-ne chef-fe : Joumana Jacob m’a fait manger des pickels de navet, Léo Forget de l’artichaut, Roman Winicki du boudin noir,etc. Et puis je prends plus de plaisir à savourer des plats que je ne cuisine pas moi-même, sinon quel intérêt d’aller au restaurant ?!
Mais revenons au paleron servi ce jour-là avec des légumes confits de mémoire et une petite purée de pomme de terre : premier essai largement transformé. Tendreté et saveur de la viande, un beau jus épais, des légumes à tomber et cette purée : épaisse mais pas pâteuse, pas de grumeaux, on aurait dit celle de ma Reine mère. Parfaite quoi ! Le tout servi généreusement (vente à emporter, je le rappelle) et surtout, une envie de retourner découvrir les autres plats.

Chez Chemins de tables, Charly est en cuisine et Juliette en salle. Formés à l’école Ferrandi, ce joli couple a créé en 2017 ce qui était au départ un service traiteur itinérant, Chemins de Tables, avant d’ouvrir le restaurant éponyme sédentaire pour notre plus grand bonheur dans le quartier Musée d’Aquitaine/St André donc.
Un petit pas de porte discret. Une grande salle claire, très claire, en longueur. Une décoration simple et décontractée, à l’image des propriétaires. Pas de chichis, on est là pour l’assiette, pas pour faire de la figuration. Derrière le grand comptoir, on voit Charly cuisiner lorsque on vient récupérer notre poche « A emporter ». Pour moi, c’est toujours un plus quand les chefs sont visibles et que l’on peut échanger avec eux.

Je n’ai pas encore eu le plaisir de m’attabler dans la jolie salle de Chemins de tables, qui donne sur la rue Burguet mais j’ai testé les formules Confinement I et II et la carte épicerie également. De leurs premiers pas en itinérance, Charly et Juliette ont gardé l’envie de ne pas s’ennuyer et de ne pas lasser le client. C’est réussi !

A 8€ le sandwich (3€ l’accompagnement, 3€ le dessert), on peut dire que le rapport-qualité prix est imbattable pour le centre de Bordeaux. Les produits sont toujours d’une grande fraîcheur et d’une qualité dingue. Les propositions de sandwiches rivalisent chaque semaine d’originalité et nous entraînent en dehors de notre zone de confort ; je vous l’ai dit, Charly et Juliette veulent éviter toute lassitude, pour eux et nous.
Depuis le premier confinement, le restaurant a revu son offre et propose une formule autour d’une cuisine plutôt de rue mais ô combien savoureuse… Chemins de tables propose désormais une carte street food mais façon Ottolenghi plutôt que baraque à frites en bord de route. Et ça donne donc des propositions aux accents épicés, des quatre coins du monde.

J’ai testé leurs différents sandwiches (dernier en date : le fish kebab. Du poisson travaillé comme un falafel, dans un VRAI pain kebab (oubliez les feuilles rigides et aussi insipides que du smecta que certains vous servent), des VRAIS légumes croquants (pas de la flotaille), PAS de tomates puisque ce n’est pas la saison et enfin une petite sauce à l’allure de moutarde à l’ancienne qui serait venue se perdre là… Bref, une nouvelle sacrée régalade. Le hot dog est aussi un sacré délice. Et celui au pastrami ? Il n’en sera pas question ici, il mériterait un article à lui seul (voyez plutôt la photo…).

Pour la petite histoire, je n’ai pas eu d’autre choix que de me rendre à mon rendez-vous avec une administration très sérieuse, juste après avoir récupéré un pithiviers qui venait de sortir du four de Chemins de tables le jour du réveillon : un tel fumet avait-il déjà parfumé ces bureaux un 31 décembre à 12h30 ? Je n’en mettrais pas ma main au feu. Ce pithiviers était juste… hallucinant. En le coupant, j’ai eu une pensée pour Antonin Carême et une autre pour ce collègue en particulier, vraiment pas yoga friendly, qui considère que les gens comme moi ne sont que des « bouffeurs de graines », pour le citer in extenso.
En gourmande prévoyante (oui, pour certains sujets de la plus haute importance, je suis super organisée… et je pensais déjà à mon repas d’anniversaire), j’ai congelé la moitié de ce sublime pithiviers. Résultat nickel, avis aux gourmands pour les prochaines fournées. Pour ma part, j’envisage sérieusement de cacher le dernier quart pour tenir jusqu’à Noël prochain. Ou au moins octobre.

Ces histoires de pluriels à chemins et tables et un artichaut en guise de logo me tracassaient. J’ai interrogé Charly et Juliette. La réponse est aussi chouette qu’eux : souvenez-vous, Charly et Juliette ont commencé leurs aventures par un service de traiteur… itinérant, sur les Chemins donc ! Et pour des tables petites, moyennes ou vraiment très grandes (festivals, événements d’entreprise ou mariages). Bref, il n’y a pas qu’une façon de voir les choses, comme la cuisine de Chemins de tables en somme. Quant à l’artichaut, c’est un coup de cœur végétal dont les feuilles « évoquaient plutôt bien la diversité, la multiplicité de [leurs] services. La fleur de l’artichaut est d’un très joli violet, toute douce. On en a dans notre jardin et on en laisse toujours un monter en fleur. »

Chemins de tables est typiquement le genre d’endroits que j’ai envie de garder pour moi mais le travail de Charly et Juliette, leur application, leur implication méritent d’être reconnus. En dépit des deux confinements et des restrictions inhérentes, ils mettent un point d’honneur à nous proposer chaque semaine des plats de qualité et ont même organisé un adorable mini marché de Noël avec des artisans locaux.
Ces deux-là sont supers et je n’ai qu’une hâte, c’est de pouvoir enfin m’attabler dans leur restaurant. Quelque chose me dit que ce soir-là, A. et L. seront aussi de la partie.

Moralité, les copains des copains sont parfois de très, très belles adresses où emmener… qui vous voulez 😉

PS : pour cause de variant anglais depuis 20 jours, j’ai utilisé des photos d’illustration provenant de Chemins de tables. C’est le très beau travail d’Anisha Patelita https://www.anishapatelita.com/photographe-culinaire et d’Emeline Mingot https://www.emelinemingot.com/un-peu-de-moi/

16 rue Jean Bruguet, BORDEAUX (trams Musée d’Aquitaine/Hôtel de Ville)
05 56 88 81 66
contact@cheminsdetables.fr
https://www.instagram.com/cheminsdetables/

Horaires de confinement : lundi à vendredi, 11h30 à 14h30

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